Il y avait beaucoup d'émotion ce samedi 6 octobre à la stèle du Ruchard, lors de l'hommage aux quinze résistants fusillés par les nazis en octobre 1942.

Cette cérémonie était organisée comme chaque année par le Comité du patronage  et le Comité de la stèle du Ruchard. Elle s'est déroulée en présence du sous-préfet de Chinon Samuel Gerest, des autorités civiles et militaires et des familles de fusillés et de quelques élèves d'Avon-les-Roches. Une cinquantaine de porte-drapeaux  étaient présents.

Avant de commencer la cérémonie, une  petite délégation des familles accompagnée par Isabelle Raimond-Pavéro sénatrice, se sont rendus à la "tranchée des fusillés" située dans le camp du Ruchard, pour y déposer une gerbe.

 

La tranchée des fusillés

 

Monsieur le sous-préfet Samuel Gerest et les autorités civiles et militaires

  Après le Chant des Partisans joué par l'Harmonie de la Fuye, Jean-Maurice Pialeport, secrétaire du Comité de la Stèle et Jean Soury, président de l'ANACR 37, ont lu les noms des fusillés et massacrés de Touraine. La sonnerie aux morts fut suivie par une minute de silence.

 

Jean-Maurice Pialeport et Jean Soury lors de la lecture des noms des fusillés.


La cérémonie s'est poursuivie par le dépôt des gerbes.

 

Dépôt de gerbe par le sous-préfet Samuel Gerest

Dépôt de gerbe par Mme Deroche présidente du Comité de la Stèle, de Mme Degrieck présidente de l'ONAC-VG, du capitaine Aurenche et du Major Collin du Ruchard

 

Dépôt de gerbe par les représentants des familles de fusillés

 

 

 

 

Mme Hélène Biéret du Comité de la Stèle a lu le discours de Georges Duffau, président de l’Association pour le Souvenir des Fusillés du Mont-Valérien et d’Ile-de-France et de l’Association des Amis du Musée de la Résistance nationale à Champigny.

Le discours de Georges Duffau

" Il y a maintenant 74 ans que les troupes alliées, dont un important contingent français, accompagnées et aidées par la Résistance, libéraient la France. La liberté retrouvée permettait tous les espoirs. La France existait à nouveau. Mais si la priorité était au redémarrage du pays, il fallait aussi faire le bilan de ces années noires. En  particulier au Ruchard, comme dans d’autres lieux d’exécutions, le décompte macabre des fusillés débutait. Le dictionnaire des fusillés et exécutés,  disponible actuellement sur internet, contient plus de 16 000 biographies. Il est prévu que le travail de recensement soit terminé d’ici 2 ans.

 

 

La France découvrait aussi le drame de la déportation ; aux morts de la répression, fusillés, massacrés, disparus, il fallait ajouter ceux des déportations : déportation raciale et déportation pour faits de résistance. C’est pourquoi il est indispensable de continuer à rendre hommage, comme nous le faisons en ce moment, à ceux qui ont donné leur vie pour que la démocratie et la liberté retrouvent leur place dans notre pays.

 

Les témoins directs sont de moins en moins nombreux ; la transmission du souvenir des atrocités nazies et, en contrepoint, celle des valeurs de la Résistance, est maintenant entre nos mains. Il nous revient de faire en sorte que le sens du combat des Résistants reste une constante de notre action. Comme l’ont si bien dit Lucie et Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Georges Séguy et bien d’autres résistants : « Résister se conjugue au présent » .

 

Ils résistaient de toutes les façons possibles (renseignement, évasions, politique, lutte armée, etc), mais, au-delà du combat, ils ont su préparer les lendemains en réfléchissant à l’avenir. Jean Moulin, représentant personnel du général De Gaulle en France occupée, unifia la Résistance au sein du Conseil National de la Résistance qui comprenait toutes les forces qui combattaient les nazis et les collaborateurs ; c’est-à-dire les mouvements de la Résistance, les partis politiques et les syndicats engagés dans l’action. Malgré la clandestinité et les difficultés du combat, le CNR eut l’intelligence de prévoir ce que serait la France libre. Il adopta, après de longs débats, un programme à mettre en œuvre après la libération du territoire, dès la souveraineté de la France rétablie.

 

Le gouvernement,   dirigé par le général De Gaulle et qui comprenait trois partis résistants : le parti Communiste, le parti Socialiste et le parti du Mouvement Républicain Populaire (nous dirions Chrétien Démocrate aujourd’hui),  mit en œuvre ce programme. Il ne s’agissait pas de mesurettes sans importance, mais de décisions structurantes pour la société. Dans leur grande majorité elles sont toujours en place et sont des éléments importants de notre vie quotidienne.

Je vais en citer quelques-unes : la Sécurité sociale, la Retraite par répartition, les Comités d’entreprises, la Liberté de la presse, la Lutte contre tous les racismes, et bien d’autres encore. Il s’agit des bases de notre société. Nous y sommes tellement habitués que nous pensons qu’elles ont toujours existé. Pourtant elles ne datent que de la Libération de la France après 1945, et sont toujours modernes.

 

Les valeurs qui ont guidé le CNR sont toujours les nôtres : Liberté, Démocratie, Progrès social,  Solidarité, etc.  Si nous voulons rester fidèles à ceux dont nous honorons la mémoire, il nous faut poursuivre leur combat car c’est bien d’un combat qu’il s’agit. Des forces rétrogrades  veulent nous faire revenir en arrière. La xénophobie, le rejet de tout ce qui est différent,  le racisme réapparaissent en France. C’est insupportable. Nous vivons dans une société qui a besoin de solidarité, toutes les religions doivent pouvoir être pratiquées en toute liberté ;  par contre, il nous faut combattre les communautarismes et les extrémismes de toutes tendances. Tous les intégrismes se ressemblent ; ils ne supportent pas que l’on ne pense pas comme eux et veulent nous caporaliser.  La liberté n’est pas négociable. Il est impossible d’admettre les violences contre les juifs,  mais il en est de même des violences contre les musulmans ou contre les homosexuels. La société est plurielle et ce multiculturalisme est à la base de ce que nous sommes. La France est issue de tous ces apports ; c’est son originalité et sa force. La liberté, la laïcité, le respect de l’autre ne sont pas négociables. Ce sont les fondements de la société française et, au-delà, de toutes les sociétés démocratiques. Le racisme, le refus des différences, le nationalisme borné ne sont  pas nos valeurs,  et il faut se battre pour qu’ils soient éradiqués.

 

Nous ne pouvons rester indifférents à ce qui se développe dans les pays qui nous entourent, qu’ils appartiennent ou non à l’Europe.  Comment ne pas réagir quand un dirigeant d’un parti xénophobe allemand, le parti AFD, dit (je cite) : »Nous n’avons pas à rougir de l’action de l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale ». C’est scandaleux et contraire à la vérité historique. Maillé, village martyr proche de notre lieu de commémoration,  est là pour en témoigner. L’armée allemande a massacré sa population innocente et partout en France occupée l’action de cette armée a démontré largement son inhumanité permanente. Celui qui parle ainsi appartient à un parti qui a obtenu 95 députés lors des dernières élections en Allemagne fédérale ; ne le sous-estimons pas. En Autriche, le parti d’extrême droite xénophobe a failli remporter l’élection présidentielle et il participe au gouvernement en étant titulaire de ministères importants. En Italie,  la Ligue du nord, parti lui aussi xénophobe, est très bien représenté au gouvernement et l’on voit se développer des attaques physiques ciblées contre des immigrés. Elles s’apparentent aux pogroms que la Russie et la Pologne ont connus par le passé avant la seconde guerre mondiale. Dans certains pays   baltes, des collaborateurs des nazis sont réhabilités parce qu’en agissant comme ils l’ont fait, ils ont combattu le communisme et qu’ainsi ils ont agi pour la liberté. C’est inadmissible. Le nazisme est injustifiable. Il ne faut pas oublier le lourd tribut payé par l’Union Soviétique avec ses millions de morts au cours de cette guerre. Il n’est pas possible d’accepter ces dérives qui ne sont plus des cas isolés. Il ne faut pas oublier les gouvernements de Hongrie et de Pologne qui mettent à mal les libertés,  au point que l’Europe envisage de prendre des sanctions afin qu’ils respectent les lois démocratiques. Ce ne sont que des exemples. La liste est très longue et parler d’inquiétude est insuffisant.

 

Nous sommes confrontés à des résurgences que l’on croyait impossibles. Les résistants que nous honorons ont donné leur vie pour que ces horreurs n’existent plus. Les valeurs qu’ils défendaient sont toujours actuelles. Il n’est pas supportable de rester sans réagir face à la propagation de ces idées malfaisantes. Nous sommes fidèles au sacrifice des Résistants ;  par notre présence ici,  nous marquons notre attachement aux idéaux de la Résistance. Oui, nous n’oublions pas. C’est pourquoi il faut dire non, non et encore non à ceux qui veulent faire renaître le fascisme sous de nouveaux oripeaux. Ce combat fera que nous resterons fidèles aux idéaux de la  Résistance. Ce sera notre honneur et ainsi, nous bâtirons un monde où il fera bon vivre."

 

Projet rénovation du site de la Stèle

 

Après le discours, Jean-Maurice Pialeport faisait part à l'assistance du projet de rénovation du site de la Stèle du Camp du Ruchard. Les travaux ont commencé par l'abatage de la haie exécuté par les militaires du Ruchard sous les ordres du major Collin que Jean-Maurice Pialeport à longuement remercié.  Un muret en moellons sera construit en lieu et place de la haie.

Une souscription est ouverte pour la rénovation du site.

 

Le projet du muret

 

Les personnes qui désirent faire un don peuvent contacter le Comité de la Stèle.

 

Après les remerciements d'usage les autorités étaient invitées à saluer les porte-drapeaux.

 

 

Le maire d'Avon-les-Roches  Pascal Blanchard, a accueilli les invités pour un vin d’honneur et un concert de l’Harmonie de la Fuye.

 

Source photos : Avon patrimoine.

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