Lili micro à la main à la salle des fêtes de St Pierre-des-Corps le 10 mai 2019

Un évènement qui fera date : le récit  tragique de la déportation d’une famille juive sans histoire.

Le 10 mai 2019, Lili Leignel, ancienne déportée rescapée des camps de Ravensbrück et de Bergen- Belsen, est venue à St Pierre-des-Corps témoigner devant les élèves des collèges et lycées d’Indre-et-Loire. 

Lili a répondu à l'invitation de l’ADIRP 37-41 (Association des déportés internés résistants et patriotes) et de l’Amicale de Ravensbrück  Comité Touraine.

A cette occasion la municipalité de la ville de St Pierre-des-Corps  a bien voulu mettre à disposition la salle des fêtes  pour pouvoir accueillir près de 600 élèves des collèges et lycées.

Vue de la salle des fêtes de St Pierre-des-Corps le 10 mai 2019

Marie-France Beaufils maire de St Pierre-des-Corps souhaite la bienvenue et remercie les élèves et leurs professeurs d’avoir répondu à l’invitation de l’association de Françoise Marchelidon.  Elle remercie chaleureusement  Lili Leignel d’être venue  consacrer tout son après-midi pour témoigner devant les élèves.

Françoise Marchelidon de l’ADIRP 37 et de l’Amicale de Ravensbrück rappelle que " Ravensbrück " était un grand  camp réservé aux femmes dans l’univers concentrationnaire nazi.

« Et là où il y a des femmes, il y a des enfants. Lili est une de ces enfants » Françoise Marchelidon nous invite à écouter Lili.  « Ce n’est pas une leçon d’histoire que vous allez entendre mais une leçon de vie ».

Lili se lève, micro à la main. Ce " petit  bout de femme ", aux cheveux blancs  à l'allure très élégante, avec son éternel rouge à lèvres, salue les élèves et commence à raconter l’histoire de sa famille pendant les années de guerre. Le  silence est impressionnant, les téléphones portables sont arrêtés et tout le monde est attentif.

Nous étions des indésirables et portions l’étoile jaune…

Lili aînée de trois enfants, vivait à Roubaix dans le Nord de la France avec ses parents immigrés Hongrois.

Page 25 du livre "Je suis toujours là"

Lili  avait 11 ans,  ses frères  Robert et André, étaient respectivement âgés de 9 ans et demi  et 3 ans et demi. Ces enfants si tendres et innocents  étaient effrayés par les claquements de bottes des soldats nazis qui défilaient dans les rues.

Lili explique aux élèves, que dans l’idéologie nazie, certaines catégories de la population étaient «indésirables», et donc, destinées à périr: les Juifs - les Tziganes - les malades mentaux en faisaient partie.

On repérait facilement les juifs  car depuis la mise en application  le 7 juin 1942 de l’ordonnance du 29 mai 1942 ils devaient se faire recenser et porter l’étoile jaune.

Panneau « Parc à jeux » interdits aux juifs

L’accès aux lieux publics (jardins, piscines, cinémas et  théâtres...) leur était interdit. Des panneaux « Interdit aux enfants  juifs » étaient placés à l’entrée des  jardins d’enfants.

 Les adultes ne pouvaient plus travailler et les déplacements n’étaient autorisés  qu’à certaines heures de la journée.

«Nous étions facilement repérables, donc mis au ban de la société », explique Lili.

La famille de Lili  habitait près de la paroisse St Antoine. Le curé, l’abbé Pierre Flipo,  ayant senti le vent tourner, a proposé aux  parents  de Lili de cacher les trois enfants dans sa propre famille, à Tourcoing. C’était très courageux de la part du curé car il risquait la déportation

Lili fut donc placée chez le frère du curé, Jules, et Marie-Thérèse, sa belle-sœur. Robert était hébergé par les parents du prêtre, et André, chez sa sœur. Comme on peut l’imaginer, leurs parents leur manquaient terriblement.

Un jour, les parents de Lili ont pensé qu’il n’y avait plus aucun danger, les enfants réintégrèrent le foyer familial.

Nous étions terrorisés en entendant le bruit de bottes des Feldgendarmes.

La famille fut réunie pour peu de temps. Suite peut être à une dénonciation les soldats de la Feldgendarmerie «bottés, casqués, effrayants» débarquèrent le 27 octobre 1943 à trois heures du matin, aux cris de « schnell», «los», vite, vite! Les yeux encore tout embués de sommeil, parents et enfants ont dû rassembler, à la hâte, leurs papiers d’identité et leurs effets personnels. Ce 27 octobre était le jour anniversaire de la maman de Lili.

Lili rapporte à ce propos une anecdote touchante: ne sachant pas quoi emporter, son plus jeune frère André choisit son jouet préféré: un petit canard en bois à roulettes.

L’affreux gardien à la tête de cheval de la caserne Dossin à Maline.

La prison de Loos où la famille de Lili fut détenue quelques jours

Lili et sa famille furent emmenées en camion bâché à la prison de Loos, banlieue de Lille. Le père, Josef, fut séparé de son épouse et de ses enfants, qui se demandaient pour quel motif ils étaient tous emprisonnés.  

Au bout de trois jours, la famille Leignel fut transférée à la prison belge de Saint-Gilles à Bruxelles.

Le commandement militaire allemand, explique Lili, se trouvait en effet à Bruxelles. Les papiers et les effets personnels furent saisis. C’est dans cette prison que Lili fit la connaissance de Stella Kugelman « sa sœur de déportation »petite juive espagnole  âgée de 4 ans, qui venait d’Anvers avec sa maman.

Au bout de quelques jours,  Lili et sa famille furent transportées au camp de rassemblement de Mâlines, équivalent du camp de Drancy en France. C’est à la caserne Dossin que la famille rejoint  de nombreux  juifs et tziganes.

La cour de la caserne Dossin qui fut transformée en camp de transit vers l’Allemagne et la Pologne

Ce camp de transit était dirigé d’une main de fer par des SS Allemands mais aussi Flamands, tel le terrible  Lodewijk Van Kol, surnommé «Pferde Kopf» («Tête de Cheval»), lequel distribuait les coups de fouet avec générosité.

Un jour, après l’appel tous les prisonniers furent rassemblés dans une grande pièce,  les hommes et les grands garçons d’un côté, les femmes et les petits enfants de l’autre. Tous furent sommés de se déshabiller et de défiler nus, devant un SS chargé de les fouiller, y compris dans les endroits les plus intimes. Les nazis voulaient s’assurer que les détenus n’avaient pas dissimulé quelque objet de valeur avant le grand départ.

Le 13 décembre 1943 après un mois et demi à la caserne Dossin, le père de Lili fut séparé de son épouse et de ses enfants. Lili ignorait qu’elle ne le reverrait jamais plus.

Le transport vers Ravensbrück  un grand camp de concentration de femmes.

Vue du camp de Ravensbrück avec ses baraques

Les prisonniers furent emmenés dans une gare où les attendaient des wagons à bestiaux. Cent personnes par wagon, avec  pour seules commodités le seau hygiénique (la «tinette») qui se renversait parfois au gré des cahots.

Au bout de  quatre jours  sans manger et sans boire Lili, ses frères et leur maman arrivèrent au camp de Ravensbrück, camp de concentration pour femmes situé au nord de l’Allemagne.  À leur descente, épuisés, terrifiés les détenus  furent précipités sans ménagement aux lavabos (Waschraum) pour une toilette rapide, sous les cris des SS à la tête de mort (Totenkopf), accompagnés de leurs chiens terrifiants dressés pour mordre.

Les détenus, une fois  rasés, reçurent leur tenue: robe rayée gris et bleu, et galoches de bois. Il fallait connaître par cœur son matricule, en français et en allemand, car celles et ceux qui ne répondaient pas à l’appel étaient battus. Lili était devenue le matricule 25612, «fünf und zwanzig tausend sechs hundert zwölf».

Summum de la  déshumanisation, les détenus n’étaient plus considérés comme des êtres humains, mais comme des numéros.

Ravensbrück comprenait 32 blocs. Les prisonniers demeuraient tout d’abord au bloc 12, dit de quarantaine, puis se déplaçaient de bloc en bloc, jusqu’au bloc 31.

Les nationalités étaient diverses : française, belge, hollandaise... Les blocs, ces grands bâtiments rectangulaires en bois, n’offraient pour couchage que des châlits, couchettes en bois à trois étages munies de paillasses.

Des conditions de vie inhumaines.

Lili Leignel décrit  le quotidien dans le camp de concentration:

- La sirène retentit à 3 heures et demi  du matin

- On se débarbouille en vitesse et sous un filet d’eau froide au Waschraum. Comme c’était la cohue, la maman de Lili réveillait tout le monde une demi-heure en avance, et accordait un point d’honneur à la toilette: elle nous disait: «les enfants, l’on nous a tout pris, nous ne sommes plus personne, nous n’avons même plus de nom, rien qu’un matricule, cependant il ne faut pas courber la tête, redressons-nous, il faut absolument se laver, de la dignité s’il vous plaît.»» C’était leur manière de résister.

 - En guise de petit déjeuner, un ersatz de café insipide, mais chaud, et un quignon de pain noir, bien dur.

- Rassemblement obligatoire sur la place de l’Appel. Il fallait rester debout des heures dans le froid, sans bouger, pendant que les SS comptaient et recomptaient les prisonniers.

- Les détenues étaient ensuite sélectionnées pour le travail obligatoire, l’Arbeit. Certaines femmes, malades, se pinçaient les joues pour leur donner plus de couleurs... de manière à éviter de disparaître dans les convois de la mort.

Les femmes constituaient une main d’œuvre gratuite pour effectuer des travaux masculins pénibles: réfection des routes, creuser des tranchées... et vider les fosses d’aisance. «Ces femmes-là, on les sentait venir de loin», ajoute Lili.

« En ce qui nous concerne, nous les enfants, nous ne pouvions travailler: sous-alimentés, décharnés, trop jeunes, nous n’en avions pas la force, nous étions donc des bouches inutiles, destinés à périr à petit feu (sur 11000 enfants déportés de France, 10147 sont morts, victimes innocentes anéanties par les nazis). Jusqu’en 1944, les bébés étaient tués à la naissance, de la façon la plus atroce, ils étaient noyés, plongés dans un seau d’eau, et les SS poussaient le vice jusqu’à chronométrer le temps qu’il fallait aux nouveau-nés pour passer de vie à trépas.»

Les enfants restent donc enfermés dans le bloc, n’osant pas affronter les redoutables SS patrouillant avec leurs chiens menaçants et  les rigueurs de l’hiver (le thermomètre descend parfois jusqu’à -30°C). Leur seule distraction était de tuer leurs poux.

Pour le «repas» de midi, l’on servait une soupe au rutabaga, où surnageaient péniblement quelques morceaux de légumes dans de grands bidons d’eau. Lorsque, parfois, les détenues épuisées chargées de porter les bidons les renversaient, on voyait les autres se jeter au sol, et laper la soupe comme des animaux.

Les déportés crevaient littéralement de faim.

«Avec ce régime inhumain, et infestés de vermine nous étions, affaiblis et vidés par la dysenterie. Un jour où l’autre, fatalement, l’on tombait très malade, et c’est à l’infirmerie (Revier) que l’on était transporté.»  Ce passage au Revier permettait, au moins, d’être dispensé  de l’appel. Lili, André et Robert y sont passés tous les trois.

L’horreur absolue du camp de Bergen-Belsen.

Un jour, tous les prisonniers furent à nouveau rassemblés dans une gare, des wagons à bestiaux nous attendaient. Nous ignorions notre destination. Nous envisagions le pire. Nous étions hors du temps. Quatre à cinq jours de voyage  pour atteindre... l’horreur absolue.

Le train  tout à coup s’est arrêté. Les lourdes portes se sont ouvertes. Hébétés nous sommes descendus de nos wagons. Des camions bâchés nous attendaient. Il y avait parmi nous des jeunes femmes avec leur nourrisson dans les bras. Aucun bébé n’avait survécu à ce terrible voyage. Des femmes dont la maman de Lili furent réquisitionnées pour vider les wagons. Elles devaient ramasser les petits corps des nouveau-nés et les mettre dans des cartons qui allaient ensuite être embarqués dans les camions. En grimpant dans ces camions certaines femmes plus âgées, plus fatiguées étaient toutes heureuses de trouver un siège. Elles ignoraient leur contenu. Quelle horreur !

Les camions ont pris la direction du  camp de Bergen-Belsen surnommé «le camp de la mort lente». Une odeur pestilentielle. Indescriptible. Un endroit encore plus sinistre que Ravensbrück. Il y avait de nombreux blocs alignés mais il y avait partout des cadavres qui jonchaient le sol. Il fallait les enjamber pour avancer. Vision apocalyptique.

Ici, pas  de châlits (on couchait par terre), ni d’appel. Rien que des morts, des mourants….

Bergen-Belsen un mouroir

Une épidémie de typhus  ravage la population du camp, favorisée par les conditions d’hygiène inexistantes, et par le manque de nourriture. La maman de Lili commença à présenter d’inquiétants signes de faiblesse: « gisant sur le sol, inerte, sans réaction, elle ne répondait plus lorsque l’on s’adressait à elle, et semblait ailleurs. Là à Bergen-Belsen engluée dans la fange, elle était comme absente, dans un autre monde et nous ne pouvions pas comprendre…C’était dur pour nous….» explique Lili. Bergen-Belsen était devenu un mouroir.

Des soldats anglais sidérés, effrayés  devant des corps décharnés.

Un jour, allongés sur le sol dans une morbide torpeur, la porte de notre bloc s’ouvrit, et nous vîmes entrer des soldats : c’étaient des soldats anglais qui venaient libérer Bergen-Belsen. Nous étions le  15 avril 1945. Lili  se souvient de leur regard effrayé, à la vue de tous ces corps décharnés, malades, ou sans vie.

Les soldats distribuèrent de la nourriture (pains de campagne ronds, tubes de lait concentré sucré, corned-beef...), mais tous ceux qui se jetèrent avidement sur ce festin moururent. Leur organisme, affaibli par les privations, le travail ou la maladie, n’a pas supporté.

La distribution des pains lors de la libération de Bergen-Belsen

Il fallait  réapprendre à manger lentement, une bouchée après l’autre. Pour leur part, Lili et ses frères n’avaient pas grand faim (ce qui leur sauva la vie): ils se servirent des grands pains ronds comme oreillers.

Les Anglais s’occupèrent ensuite des malades,  il y avait là fort à faire. La maman de Lili fut emmenée au Revier pour y être soignée. C’est à ce moment que Lili comprit que sa maman avait contracté le typhus.

Les enfants, sans leur maman, étaient perdus. Ils ne savaient que faire.

Cependant, l’organisation pour le rapatriement des déportés commence à se structurer. Un jour le groupe des Françaises fut réuni, prêt à quitter le camp. La maman de Lili trop malade fut contrainte de rester au camp.

Le retour chaotique vers la France.

Lili et ses frères rassemblèrent de la nourriture dans un balluchon improvisé que son frère Robert porta sur son épaule. Lili, quant à elle, devait porter son petit frère André: «il avait une tête et un ventre gonflés comme une baudruche, les membres, bras et jambes, étaient grêles, sans force, il ne pouvait bouger». Cependant, trop faibles pour un tel fardeau, Lili et Robert abandonnèrent la nourriture, pour porter, à deux, leur frère André.

À bout de forces, ils trouvèrent une gare... et les mêmes wagons à bestiaux qui les avaient emmenés là, leur servirent à retourner en France. Le voyage de retour fut long: les voies ferrées avaient été endommagées par les bombardements, et il fallut effectuer de nombreux arrêts dans des gares désaffectées, pour manger et se reposer.

L’une des étapes fut la gare de Bruxelles où il régnait une grande  effervescence.  Des haut- parleurs diffusaient de la musique à tue-tête, des longs tréteaux  couverts de nourriture  attendaient les déportés. La nouvelle de leur retour avait circulé parmi les familles. Ceux qui retrouvaient un être cher étaient contents. Lili et ses frères étaient bien seuls et leur maman leur manquait terriblement.

Le train reprit sa route, le voyage fut long et pénible  et ce fut l’arrivée à Paris. Des camions militaires nous attendaient pour nous acheminer à l’Hôtel Lutétia, boulevard Raspail.

L’hôtel Lutétia

Consultation des listes à la recherche de déportés

Un hôtel luxueux, réquisitionné par les nazis pendant la guerre, et qui existe toujours aujourd’hui. Là encore, il y avait une foule de gens venue accueillir  leurs déportés, avec photos à l’appui.

Mais hélas, personne pour ramener Lili et ses frères chez eux. Ils étaient sans nouvelles de leurs parents, et se sentaient orphelins.

L’accueil dans une famille formidable.

Une assistante sociale prénommée Francine eut pitié des trois enfants. Elle sollicita son frère,  André Chinsky, chirurgien-dentiste résidant à Neuilly pour héberger Lili et ses frères.

Il prit bien soin d’eux, jusqu’à ce que Lili se souvienne qu’elle avait une tante, Clara, dans les Deux-Sèvres. Le chirurgien-dentiste retrouva l’adresse de la tante. Celle-ci bien qu’affaiblie (elle-même avait souffert au camp de Drancy, et son corps amaigri en portait les stigmates) vint à Paris chercher Lili et ses frères.

À la gare de Niort, Lili et ses deux frères ont droit à un accueil en fanfare par la Croix-Rouge, les journalistes, les photographes et la radio. Trois enfants qui rentrent des camps sans père ni mère, c’était inimaginable, un évènement unique.

Le séjour en préventorium et le retour de maman.

Compte tenu de leur état de santé préoccupant  Lili et  ses frères furent placés  par la Croix Rouge au préventorium du «Nid Marin» à Hendaye, dans les Pyrénées Atlantiques.  Lili et ses frères bien traités souffraient beaucoup de l’absence de leurs parents.

La maman de Lilli de retour en France et passant par l’Hôtel Lutétia réussit à savoir où se trouvaient ses enfants.

C’est à Hendaye  que Lili et ses frères retrouvent leur chère maman, guérie, mais amaigrie (elle pesait moins de 27 kg...).

Le retour à Roubaix se fit en train. La maison familiale avait été vidée de fond en comble pillée jusqu’à la tapisserie Nous étions seuls et entièrement dépouillés. Heureusement, les voisins apportèrent un grand matelas, une table, des chaises, de la vaisselle, de la nourriture... Les enfants reprirent l’école et  la maman de Lili, couturière hors pair, se remit à travailler.

Lili n’attendait plus que le retour de son père... Hélas, celui-ci, déporté au camp de Buchenwald au moment de la séparation de Malines, fut exécuté deux ou trois jours avant la libération du camp par les Américains, le 11 avril 1945.

Une plaque commémorative a été posée à Buchenwald afin de lui rendre hommage le 25 mars 2016.

Lili la militante et la combattante s’adresse aux jeunes.

Le récit de l’histoire tragique terminée,  Lili la militante, la combattante  attire l’attention des élèves sur le fait que certains nient depuis longtemps l’existence des camps de concentration et d’extermination, d’où leur appellation de «négationnistes». C’est pour les combattre, au nom de la vérité historique, que Lili  témoigne devant des jeunes. À 87 ans,  c’est parfois difficile, épuisant. Mais Lili considère que c’est son devoir. Il  ne reste plus beaucoup de déportés encore en vie pour témoigner. Les jeunes la stimulent. «Il faut être courageux, leur enjoint-elle. Tout peut revenir. Le mal est partout. Ne laissez pas dire n’importe quoi. Vous êtes la France de demain. Vous aurez à transmettre. Il faut combattre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie. Il faut être tolérants,  accepter nos différences et nous supporter. Que l’on soit catholique, juif ou musulman, avant tout, nous sommes des êtres humains. Ces différences nous enrichissent.»  

Lille parle de Stella Kugelman, sa « sœur de déportation », rencontrée à la prison Saint-Gilles et qui  l’avait suivie jusqu’à Ravensbrück, où sa mère succomba à la tuberculose. Le camp fut libéré par les Russes. Aussi  Stella fut  placée dans un orphelinat où elle apprit la langue russe. Une dame plus âgée, qui avait deux enfants, l’adopta. Le père de Stella, rentré du camp, chercha sa fille pendant de longues années, il la retrouva en Russie. Mais elle avait oublié le français, et lui ne parlait pas le russe. Mariée elle vit aujourd’hui en Russie, à Saint-Pétersbourg. Elle est venue témoigner en France avec Lili il y a trois ans et  souhaiterait revenir...

Lili la chanteuse.

Lili chanta ensuite quelques chansons qu’elle avait apprises dans le camp de Ravensbrück, grâce à une «Stubova» (gardienne de bloc) Tchèque très gentille, qui rassemblait les enfants et les faisait chanter pour échapper un temps  aux horreurs du camp:

 - des berceuses hollandaises, polonaises, tchèques - «Mon beau sapin» en allemand (Ô Tannenbaum) - «Le temps du muguet» en russe - et enfin, une chanson dont les paroles ont été rédigées avec Geneviève de Gaulle, sur l’air de «Je chante» de Charles Trenet.

En voici les paroles:

On souffre, on souffre soir et matin

On souffre, on meurt de faim

On pleure car on nous a séparés

Des êtres bien aimés

Que nous avons quittés

 

On mange du rutabaga à midi

On mange du chou aussi

On soupe avec un bol de café

Une tartine non beurrée

On en a plus qu’assez

 

SS qui vient nous voir chaque soir

SS ah ! quel rasoir

À cause de toi nous restons debout

À tomber sur nos genoux

 

Sirène qui nous réveille la nuit

Sirène je te maudis

À cause de toi à 3 heures et demi

On doit quitter son p’tit lit

 

Bitte ruhe! entendons crier partout

Bitte ruhe! l’on devient fou

L’SS ne fait que nous insulter

Elle crie comme une enragée

 

De Gaulle, viens vite nous sauver d’ici

De Gaulle je t’en supplie

Si tu ne viens pas nous serons tous à plat

De Gaulle ne nous oublie pas

 

La salle entière touchée par la grande humanité de Lili se lève pour l’applaudir chaleureusement. Certains ont les larmes aux yeux bouleversés par ce témoignage poignant.

Lili clos son intervention en invitant les élèves à venir faire des selfies. C’est la bousculade autour d’elle pour immortaliser ce moment inoubliable.

Les selfies avec les élèves.                                                                                                                     

                                                 

                      

     

 

 

Les photos prises à la salle des fêtes de St Pierre-des-Corps  sont de François Berthon ©

Le résumé de l'histoire tragique  de Lili et de sa famille a été tiré  de son livre "Je suis encore là".

ADIRP 37-41 - adirp.37@orange.fr

 

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