Mme Marie-Paule Fresneau-Petitgirard présidente de l'AREHSVAL lors de son discours d'accueil ce dimanche 15 septembre 2019

Cette cérémonie d'hommage organisée conjointement par l'ARESHVAL (Association de recherches et d'études historiques sur la Shoah en Val de Loire) et  la LICRA représentée par son président départemental Gervasio Semedo, a eu  lieu ce dimanche 15 septembre dans le péristyle de l'hôtel de ville de Tours pour rendre hommage aux 1019 juifs déportés entre 1942 et 1944. Seuls 38 sont revenus vivants.

Dans son discours d'accueil Marie-Paule Fresneau-Petitgirard  a eu ces mots: «Lire ces noms aujourd’hui est pour nous l’occasion de faire connaître l’ampleur de la persécution des juifs dans notre département.»

Le discours de la présidente de l'AREHSVAL

Mesdames, Messieurs

Je commencerai mon propos en adressant nos remerciements à la mairie de Tours qui nous a permis d’organiser cette manifestation, à Mr Le Maire, à Mme Garanger Rousseau. Merci à la Licra de s’être associée à nous, en particulier à son président départemental Gervasio Semedo. Merci aux archives départementales, à Anne Debal Morche et à Sébastien Chevereau, aux archives municipales à Jean-luc Porhel. Merci à toutes les personnes présentes aujourd’hui, familles de déportés ou d’internés toujours fidèles à nos manifestations, associations, amis, élus…

En 2012 l’Arehsval, association de recherches et études historiques sur la Shoah en Val de Loire, a établi une liste de 978 juifs déportés à partir de l’Indre et Loire. Nous avons continué les recherches, conformément au but de notre association et dénombrons aujourd’hui 1019 personnes. Nous avons pu faire ces mises à jour grâce à la consultation de nouvelles archives, registres de Police, affaires judiciaires, les registres de l’hôpital Bretonneau en particulier puisque  les enfants des personnes arrêtées étant confiés le temps d’incarcération de leurs parents à l’orphelinat de l’Hôpital, les registres économiques, les procès d’après-guerre sur la restitution des biens spoliés, les dossiers du commissariat aux affaires juives, tous ces dossiers  se trouvant aux archives départementales  d’Indre et Loire ou du Maine et Loire. Nous rendons cette liste publique à compter d’aujourd’hui sur notre site internet, déportés juifs 37.

Lire ces noms aujourd’hui est pour nous l’occasion de faire connaître l’ampleur de la persécution des juifs dans notre département. Ils étaient nos voisins à Tours, Chinon, Bourgueil, nos camarades de classe, ils habitaient les quartiers populaires  d’alors, quartier Velpeau, rue Colbert, rue de la Scellerie, autour de la Place Plumereau mais aussi dans des quartiers plus aisés, rue Victor Hugo, rue Origet. Le recensement d’octobre 1940 des juifs étrangers et français imposé par Vichy en octobre 1940 dénombre dans notre département 590 juifs, et tous ne se sont pas déclarés. La majorité habite Tours ou la banlieue proche, Saint-Pierre des Corps, Saint-Cyr, Saint-Avertin, Joué les Tours.

Nous avons choisi de faire cette lecture des noms au mois de septembre, en référence au mois de septembre 1942 qui a vu le transfert des juifs internés au camp de La Lande à Monts vers Drancy les 4 et 21 septembre 1942 avant leur déportation. 1026 juifs ont été internés dans ce camp de décembre 1940 à octobre 1942, 769 ont été déportés. Venant pour la majorité de Nancy et Metz, après avoir été évacués sur Bordeaux par le gouvernement français, au vu de l’avance allemande en mai 40, ils sont expulsés de Gironde, département côtier, à la demande des Allemands et sont accueillis comme réfugiés au camp de la lande en décembre 1940, camp qui se transformera en 2 ans en véritable camp d’internement pour juifs, antichambre de la déportation.

Toutes les personnes contenues dans la liste que nous avons établie, ont été arrêtées en Indre et Loire, et à partir de ce moment ont perdu leur liberté, elles ont parfois transité par différents camps, Monts, Pithiviers, Drancy avant d’être déportées à Auschwitz ou Sobibor ou Kaunas.

Beaucoup étaient arrivés dans notre ville ou notre département avec l’espoir d’échapper à leur persécution soit en essayant de franchir la ligne de démarcation qui traverse notre département, soit en s’installant à la campagne où elles espéraient se faire oublier pour survivre. Mais l’acharnement de la Police française et allemande a fait qu’on est venu les chercher partout y compris dans des endroits comme une ferme perdue près de Luynes ou un hameau près de Beaumont La Ronce. 

Leur parcours de personne libre s’est arrêté en Indre et Loire.

1942 est considéré comme le tournant de la guerre, pour les juifs c’est l’année des arrestations massives et le début de la déportation. 3 dates importantes sont à rappeler.

A Tours, le 5 Février 1942, une sentinelle allemande est abattue, elle meurt le 9 février, des otages sont arrêtés, juifs, communistes, francs-maçons que des hommes… 19 juifs et 10 communistes seront déportés.

15,16,17 juillet c’est la grande rafle, elle commence le 15 juillet à l’heure de couvre-feu vers 18h, les autobus réquisitionnés sillonnent les rues et de maison en maison arrêtent, femmes, enfants. A Tours, les personnes arrêtées sont internées à l’Ecole Normale de filles de Saint Symphorien , le 17 juillet  les rejoindront les personnes emprisonnées à la prison Henri Martin ou à la prison Michelet ainsi que 133 hommes et femmes du camp de la Lande de Monts. 282 sont déportés par le convoi 8 du 20 juillet 1942 parti directement d‘Angers à Auschwitz.

Le 9 octobre 1942, 69 personnes sont arrêtées, 50 de Tours, et   les 19 derniers juifs de Monts transférées au grand séminaire d’Angers puis à Drancy avant d’être déportées à Auschwitz, 61 seront déportées.

Une dernière rafle aura lieu le 26 janvier 1944 ,60 personnes majoritairement des personnes âgées françaises.

Des arrestations ponctuelles auront lieu de 1942 à 1944, souvent des personnes arrêtées car contrevenant aux différentes lois de Vichy concernant les juifs, passage illégal de la ligne de démarcation, non port de l’étoile juive, titre de séjour non à jour, activités commerçantes interdites…

A partir de septembre 1942, les arrestations de juifs ne passent plus devant les tribunaux, ils sont directement envoyés à Drancy. Seuls les PV de gendarmerie font état de ces arrestations, c’est d’ailleurs en partie par le dépouillement des enquêtes de police, par les dossiers de spoliation d’après- guerre consultés aux archives départementales que l’on a malheureusement rajouté les noms de déportés à notre liste initiale.

Les plus jeunes déportées sont nées en août 1942 à Monts Edith Viola, le 14 et Nicole Mantel le 31. Leurs pères ne les ont pas connues, ils ont été séparés de leurs femmes et déportés par le convoi n°8 du 20 juillet, les bébés quittent Monts avec leur mère le 21 septembre pour Drancy et sont déportées le 23 septembre par le convoi 36 à Auschwitz. Seul Léopold Mantel est survivant en 1945.

Le dernier déporté du département, Achille Hess, était domicilié à Maisons Laffitte, il logeait à l’Hôtel du Grand Vatel à Vouvray en juillet 1944. Il y est arrêté le 26 par la Police Allemande, envoyé le 28 juillet à Drancy , déporté le 31 juillet par le convoi 77 à Auschwitz où il décède. Achille Hess était résistant, il appartenait au réseau de renseignements Jade Fitzroy, nous ne savons pas si c’est en tant que résistant qu’il a été arrêté, peut-être quelqu’un de sa famille ou de son groupe de résistance nous le fera savoir ; mais ce qui est sûr c’est qu’il est déporté sans retour à Auschwitz en tant que juif.

Une autre personne a été déportée par ce dernier convoi Paul Jakubowicz. C’est un petit garçon né le 5 juin 1938 à Strasbourg. En septembre 1939 son père s’engage dans l’armée pour combattre, Paul et sa mère rejoignent ses grands-parents paternels installés rue Margueron à Tours. Avec sa mère Rose ils habitent successivement, 75 rue Couvrat Desvergnes, puis 97 rue Jolivet. Le 15 juillet jour de la rafle, Rose et Paul sont arrêtés, emmenés à l’Ecole Normale de filles de Saint Symphorien. Paul comme les 32 autres enfants est séparé de sa mère et transféré au Camp de La Lande le 17 juillet. Malgré la demande de Bousquet et Laval, les allemands n’ont pas encore donné l’autorisation de déporter les enfants. Sa mère fait partie des 282 juifs d’Indre et Loire déportés via Angers directement à Auschwitz par le convoi 8 du 20 juillet 1942. Ses grands-parents obtiennent que Paul leur soit confié, il sort du camp de Monts le 19 août 1942, il fait partie des quelques enfants sortis du camp de La Lande, malgré les nombreuses demandes faites par parents, amis et grands-parents. Mais lors de la rafle du 9 octobre 1942 il est à nouveau arrêté, avec ses grands-parents, transféré à Drancy via le Grand Séminaire d’Angers. L’Ugif, union générale des israélites de France, réussit à le faire sortir de Drancy et, alors que ses grands-parents sont à leur tour déportés, il est confié à la maison d’enfants de La Varenne Saint Hilaire, il y restera jusqu’au 23 juillet 1944. Les Allemands arrêtent les enfants des maisons de l’Ugif de la Région Parisienne. Ces enfants sont déportés par le dernier grand convoi parti de Paris, à quelques semaines de la Libération, le convoi 77 du 31 juillet 1944.

Son père, prisonnier de guerre en Allemagne, sera le seul survivant.

Sur ces 1019 déportés, 38 personnes étaient vivantes à la Libération des camps. 1 seul enfant a survécu, elle avait 16 ans et avait été déportée en mai 1944.

Marie-Paule Fresneau-Petitgirard, présidente de l’Arehsval

Le 15 septembre 2019 à la Mairie de Tours

 

Les nombreux lecteurs (familles de déporté(e)s, membres d'associations, élus et amis) ont lu pendant plus d'une heure les 1019 noms dans un bouleversant silence.

 

 

 

 

Najman Maurice, Najman Myriam, Najman Ryfka, Neimetz Rachel...on pouvait lire ces noms sur la liste  consultable sur place afin de connaitre  les dates et lieux de naissance des déportés.

 

Parmi la liste de déportés

Voir la vidéo de la cérémonie sur le site de la Nouvelle République

Depuis près de 20 ans  Marie Paule Fresneau Petigirard et Yvette Ferrand, et les membres de l'association font de très nombreuses recherches dans les archives de la police, de la justice ou encore des hôpitaux pour retrouver les traces de ces personnes.

Selon Yvette Ferrand ancienne directrice d'école maternelle et présidente d’honneur de l’association Areshval, “il faut faire comprendre l’énormité des chiffres et redonner une individualité à chaque personne. 1019 personnes, c’est l’équivalent d’un train de déporté entier. A Tours 78 enfants ont été envoyés vers les camps de la mort, entre 1942 et 1944 cela représente trois classes d’écoles vidées de ses élèves. Ce sont nos voisins que l’on est allé chercher !” Seulement 38 parmi tous ces déportés sont revenus vivants.

Un site sera bientôt ouvert , dans lequel ou pourra retrouver la liste des 1019 juifs déportés avec un portrait de chaque personne.

Outre le site Internet , l’association souhaite qu’une stèle soit érigée à Tours pour rendre hommage à ces 1.019 juifs.

Pour visiter le site (actuellement en construction)

En conclusion Monsieur François Guggenheim représentant les associations juives a vivement remercié l'ARESHAVAL (association non juive) pour son travail de recherche. Plus de 800 personnes  déportées ont été retrouvées grâce à cette association.

ADIRP 37-41.

Courriel : adirp.37@gmail.com

 

 

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