Le Chant des Partisans : l’hymne de la Résistance
19 mai 2020
Le Chant des partisans est le plus célèbre des chants de la Résistance française, interprété aujourd’hui lors des cérémonies officielles.
L’histoire de sa création dans les cercles des Français libres de Londres et celle de sa diffusion, ou encore les engagements de son interprète sont en revanche beaucoup moins connus.
« Ami, entends-tu ….» est un chant de fraternité, de combat contre les forces de la nuit, un appel intemporel à résister.
Un chant qui résonne sur les ondes de la BBC
En mai 1943, la voix de la résistance française résonne sur les ondes de la BBC. Une radio spécifique est créée à cet effet pour délivrer les messages de la France libre et les paroles du Général de Gaulle.
Des responsables de la Résistance tels que André Gillois (directeur de l’antenne), Fernand Grenier (chroniqueur de la BBC), Emmanuel d’Astier de la Vigerie (membre fondateur du mouvement « Libération Sud ») cherchent un indicatif musical pour l’émission « Honneur et Patrie ».
Ces hommes ont un vœu, plus un impératif : créer un chant de la Résistance. « On ne gagne la guerre qu’avec des chansons ….il faut un chant qui a l’air de venir des maquis » dit d’Astier de la Vigerie.
Le Chant des partisans c’est la rencontre d’Anna Marly (compositrice de la musique) - Joseph Kessel et Maurice Druon (auteurs des paroles).

Anna Marly
De son vrai nom Anna Betoulinski est née le 30 octobre 1917 dans les quartiers chics de Saint-Pétersbourg, juste au moment de la Révolution d'Octobre en Russie au cours de laquelle son père fut fusillé.
A l'âge de 3 ans, elle suivra l'exil de sa mère accompagnée de sa soeur et de sa nounou. Elles s'installeront dans la communauté russe de Menton dans le sud de la France. Pour ses 13 ans, sa nounou lui offrira une guitare dont elle ne se séparera jamais et qui va bouleverser sa vie. C'est en 1934 qu'elle commence sa carrière artistique. Elle monte à Paris et choisit son pseudo « Marly » dans les pages de l'annuaire. Elle sera d'abord danseuse dans les cabarets et puis dans les ballets russes mais elle reviendra très vite à la musique.
A dix-sept ans, elle est la benjamine de la SACEM.
En mai 1940, Anna connaît un nouvel exil . Son périple via l'Espagne et le Portugal, va la mener, elle et son mari, à Londres, où en 1941, engagée volontaires au Q G des Forces Françaises Libres de Carlton Garden, elle est affectée à la cantine.

Elle rejoint le Théâtre aux armées. Elle fait la connaissance de sa compatriote Louba Krassine, future épouse d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie.
Joseph Kessel
Né en 1898 en Argentine ; ses parents ont fui la Russie tsariste.
Il voyage,de l’Oural au Lot et Garonne, puis se fixe à Paris ; il fait ses premières armes dans le journalisme, s’engage pendant la guerre d’Espagne et devient correspondant de guerre en 1940. Il rejoint la Résistance en 1941. Le jour de Noël 1942, il passe la frontière espagnole afin de rallier Londres : sous la tempête de neige, avec son neveu, il récite des poèmes. De l’Espagne, il gagne le Portugal, l’Irlande, et atteint enfin Londres. Il accomplit des missions spéciales sur le sol français : son expérience de la Résistance clandestine, d’ailleurs, inspirera une des ses oeuvres majeures, l’Armée des Ombres, écrite en 1946 et portée à l’écran par Jean-Pierre Melville en 1969. Reporter, il «couvre» le Procès de Nuremberg. Membre de l’Académie Française, il s’éteint en 1979.
Maurice Druon
Neveu de Joseph KESSEL, est né en 1918 à Paris.
Romancier, essayiste, il est en première ligne lors de la Bataille de la Loire en 1940, s’engage dans la Résistance et arrive à Londres en compagnie de Joseph KESSEL en janvier 1943 après les mêmes péripéties . Il y anime l’émission de la BBC «Honneur et Patrie». Il fut, Lauréat du Prix Goncourt en 1948 pour «Les Grandes Familles». Ministre des Affaires culturelles en 1973-1974, et siège à l’Académie Française. Il est mort le 14 avril 2009.
La genèse du Chant des Partisans
Anna Marly se produit régulièrement dans des casernes, des petits cabarets, notamment au «Petit Club Français», accompagnée d’un petit ensemble musical, ou parfois d’une simple guitare. Elle chante, dans toutes les langues, des airs de sa composition.
En 1941, en lisant un article sur le rôle des Partisans soviétiques pendant la bataille de Smolensk, Anna Marly a une « réaction viscérale et se met à écrire une chanson ». « Elle évoque ce combat de la population civile contre l’armée allemande. C’est vraiment le mot de partisan qui l’a faite réagir. En Russie, les partisans sont le dernier rempart de la patrie en danger ».
Anna Marly raconte : « bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée et sortent tout droit de mon cœur ces vers en Russe » :
« Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas et la bête ne peut se frayer un passage. aucune force ni personne ne nous fera reculer...»
Un soir dans un cabaret, elle met à son tour de chant cette chanson qu’elle a appelée “La marche des partisans” et l’interprète en Russe. Le public composé de marins est bouleversé.
Anna Marly continue ses concerts sans se douter de la destinée de sa chanson. Elle la jouera plusieurs fois sur scène ou à la BBC, où elle remporte un franc succès.
Quelques temps plus tard, lors d’un diner chez ses amis Louba Krassine et Emmanuel D’astier de la Vigerie elle chante sa fameuse chanson « la marche des partisans ». « Voilà ce qu’il faut pour la France » s’exclame un invité. Cet invité c’est Joseph Kessel. Il est accompagné de son neveu Maurice Druon. Ils viennent juste d'être débarqués en Angleterre.
Chez Kessel et Druon une idée va mûrir : écrire un texte en français sur la musique.
C'est dans un hôtel situé dans banlieue sud de Londres que Joseph Kessel et Maurice Druon, passent l’après-midi du 30 mai 1943 à griffonner sur un papier les paroles. Germaine Sablon (compagne de Kessel) est présente.
Ils écrivent alors les paroles françaises du Chant des partisans. Germaine Sablon met en forme la partition sur un cahier d’écolier.
Dans cet hôtel il y a des français libres qui passent le weekend. Germaine Sablon les invite à venir écouter la chanson . Tout le monde est impressionné par la force du texte et la musique.

Manuscrit du Chant des Partisans. Musée de l’ordre de la Libération
Quelques temps plus tard, Joseph Kessel, Maurice Druon, Germaine Sablon et Anna Marly se retrouvent à nouveau chez Louba Krassine. Joseph Kessel tend à Anna Marly le papier où ont été recopiées les paroles du Chant des Partisans. Il lui propose de les chanter.
Anna Marly avait ébauché de son côté. les paroles de sa chanson. Le texte est dans sa poche. Elle n'ose pas le sortir.
Elle se met à chanter les paroles de Kessel et Druon et dit : « Le texte est beau, il se coule bien dans ma musique »
« Les Partisans : chant de la Libération » est né.
Anna Marly parle du Chant des Partisans (cliquez ici)
Il est enregistré le lendemain même au studio d’Ealing, puis s’envole vers sa destinée.
Ce chant devint sans tarder un hymne populaire, surnommé « la Marseillaise de la Résistance » : le passage sifflé de la mélodie, parce que son registre aigu échappait mieux au brouillage allemand, servit en effet d’indicatif en 1943-1944 à « Honneur et Patrie », l’émission de cinq minutes de la France libre sur la BBC qui précédait « Les Français parlent aux Français » et à laquelle collaborait Maurice Druon.
D’Astier rentre en France avec les paroles qui paraissent dans les Cahiers Clandestins édités par Louis Martin-Chauffier (journaliste-résistant).
Le texte, repris par des feuilles clandestines, parachuté par les aviateurs britanniques, transmis de bouche à oreille, devient « Le Chant des Partisans », hymne de la résistance. Il est vrai que ces corbeaux incarnent, pour chaque résistant, les uniformes allemands qui les pourchassent ...

Les paroles du Chant des Partisans
Le manuscrit original du Chant des partisans, propriété de l'État, est conservé au musée de la Légion d'honneur. Il est classé monument historique au titre « objets » par un arrêté du ministère de la Culture du 8 décembre 2006.

Une du « livret » du Chant des Partisans, aussi appelé Chant de la libération (éditions R. Breton)

Germaine Sablon a popularisé Le Chant des Partisans en Afrique du Nord auprès des troupes françaises et anglaises. Elle fut la première à graver et enregistrer ce chant.

Malgré des succès dans la France d’après-guerre, Anna Marly quitte l’Europe pour l’Afrique, l’Amérique du Sud puis les États-Unis. Elle interprète une dernière fois Le Chant des partisans en la cathédrale Saint-Louis des Invalides le 18 juin 2000.
La « troubadour de la Résistance » dont le général de Gaulle disait qu’elle avait fait « de son talent une arme pour la France », termine sa vie dans un ancien territoire russe, l’Alaska, où elle s’éteint en 2006.
Anna Marly chante le Chant des Partisans (cliquez ici)
Le Chant des Partisans par Yves Montant (cliquez ici)
Interprétation originale du Chant des Partisans par le groupe " Les Stentors " (cliquez ici)
ADIRP 37-41
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