Un ex-gardien de camp de concentration extradé des Etats Unis vers l’Allemagne
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L’Allemand Friedrich Karl Berger gardien entre janvier et avril 1945 dans le complexe concentrationnaire de Neuengamme
Bref rappel
En Allemagne, après la Seconde Guerre Mondiale, bon nombre de nazis profitent de la désorganisation générale pour se fondre dans la foule et disparaître de la circulation.
Certains seront rapidement rattrapés et traduits devant la justice au cours de procès multiples, dont le plus célèbre reste sans aucun doute celui qui s’est tenu à Nuremberg.
La plupart prirent la direction de l'Amérique du Sud, mais quelques dizaines d'entre-eux se rendirent au Proche-Orient en Egypte et en Syrie.
La Syrie recruta une cinquantaine d'anciens militaires nazis: anciens pilotes de la Luftwaffe, membres des S.S., soldats de la Wehrmacht, mais aussi des criminels de guerre, tels Gustav Wagner et Franz Stangl, anciens directeurs des camps d'extermination de Sobibor et Treblinka, mais aussi Alois Brunner, le bras droit de l'officier SS Adolf Eichmann.
Profitant d’un imbroglio administratif, un certain nombre de nazis ont pu vivre sans se cacher en Allemagne.
La traque des nazis continue
Dernièrement le 20 février 2021 les États-Unis ont extradé vers l’Allemagne un ancien gardien de camp de concentration, aujourd’hui âgé de 95 ans, accusé de « complicité de meurtres ».
Ouest-France avec AFP Publié le 20/02/2021 à 16h27
| FRANCK DUBRAY / OUEST FRANCE
Les États-Unis extradent un ex-gardien de camp de concentration vers l’Allemagne
Un ancien gardien d’un camp de concentration nazi, âgé de 95 ans, a été extradé des États-Unis vers l’Allemagne où il va être entendu par la justice qui espère des aveux de sa part.
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55 000 personnes sont mortes dans le camp de Neuengamme où l’homme extradé a été gardien. Ici le camp de concentration et d’extermination nazi d’Auschwitz Birkenau. Photo d’illustration. | FRANCK DUBRAY / OUEST FRANCE
Un ancien gardien d’un camp de concentration nazi, soupçonné de « complicité de meurtres » aujourd’hui âgé de 95 ans, a été extradé ce samedi 20 février des États-Unis vers l'Allemagne où la justice pourrait reprendre ses poursuites à son encontre.
Parti de l’État américain du Tennessee dans un avion médicalisé, l’Allemand Friedrich Karl Berger a atterri en fin de matinée à l’aéroport de Francfort (centre) où il doit désormais être interrogé par des enquêteurs de la police criminelle du Land de Hesse.
« Nous avons reçu l’ordre du parquet général de Celle d’interroger Monsieur B. sur l’accusation de complicité de meurtre », a expliqué Sebastian Wolf, porte-parole de la police criminelle de cette région.
Malgré son grand âge, Karl Berger serait en bonne santé et en capacité de suivre un interrogatoire.
« Probablement pas » de nouvelle enquête
Cependant, le parquet de Celle en charge du dossier mais qui avait abandonné fin décembre la procédure à son encontre faute de preuves suffisantes reste pessimiste quant à l’éventualité d’un procès : il n’y aura « probablement pas » de nouvelle enquête à moins que Karl Berger ne « fasse des aveux détaillés », a expliqué le procureur général Bernd Kolkmeier.
Karl Berger avait déménagé dans le Tennessee en 1959 et y avait vécu sans que personne ne connaisse son passé pendant de nombreuses années.
Ce n’est que lorsque des documents de l’époque nazie portant son nom ont été retrouvés en 1950 dans un bateau coulé dans la mer Baltique que les enquêteurs se sont mis à sa recherche.
Complice ou contraint ?
Il est soupçonné par la justice américaine de s’être rendu complice de la mort de prisonniers alors qu’il était gardien entre janvier et avril 1945 dans le complexe concentrationnaire à Neuengamme, au sud-est de Hambourg (nord), et dans un de ses camps extérieurs près de Meppen, en particulier lors d’une opération d’évacuation en mars 1945.
Le tribunal américain spécialisé dans les dossiers d’immigration avait décidé en mars de son renvoi vers l’Allemagne pour « avoir volontairement servi comme garde armé d’un camp de concentration où des persécutions ont eu lieu ».
Lors de ses interrogatoires aux États-Unis, Karl Berger avait reconnu avoir été un temps gardien au sein de ce camp, déclarant cependant ne pas avoir eu connaissance de mauvais traitements infligés aux prisonniers ou de décès parmi les détenus : il estime avoir seulement obéi aux ordres.
Expulsion des anciens nazis
« Nous sommes déterminés à faire en sorte que les États-Unis ne servent pas de refuge aux auteurs de violations des droits de l’homme et aux criminels de guerre », a déclaré dans un communiqué le directeur par intérim de l’agence de police douanière américaine (ICE), Tae Johnson.
Le gouvernement américain a créé en 1979 un programme dédié à la recherche et à l’expulsion des anciens nazis installés aux États-Unis. Depuis, 68 personnes ont donc été expulsées dans ce cadre.
La précédente avait eu lieu en août 2018 et concernait un ex-gardien SS âgé de 95 ans, Jakiw Palij, installé à New York depuis 1949. Il est cependant décédé cinq mois plus tard.
55 000 personnes mortes dans ce camp
Le camp de concentration de Neuengamme avait été initialement fondé en 1938 comme un sous-camp du camp de concentration de Sachsenhausen, situé lui plus à l’est dans le Brandebourg. Il est ensuite devenu un camp de concentration indépendant en 1940.
Selon le mémorial du camp, les prisonniers y étaient utilisés comme travailleurs forcés pour l’économie de guerre : 106 000 personnes y furent déportées dont 55 000 moururent, la plupart d’épuisement au travail.
Ces dernières années, l’Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS et élargi aux gardiens de camps le chef d’accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.
« Que cela n’arrive que maintenant est un échec »
« Les survivants, qui sont maintenant tous très âgés, ont attendu toute leur vie que les auteurs de ces crimes soient tenus responsables », a récemment critiqué Christoph Heubner, vice-président exécutif du Comité international d’Auschwitz.
Il réagissait après la mise en accusation, début février, d’une ancienne secrétaire du camp de concentration de Stutthof (actuelle Pologne) aujourd’hui âgée de 95 ans pour complicité de meurtres par la justice allemande.
« Que cela n’arrive que maintenant est un échec et un oubli du système judiciaire allemand qui s’étend sur des décennies », avait-il fustigé.
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Une vue du camp de Neuengamme
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