Les valises retrouvées comptaient des lettres, photographies, médailles, insignes et éléments d’uniforme.
© (Photo transmise par Laurent Mirouze)

 

Par Tina WILD  - Publié le mis à jour le
 
Les histoires de deux pilotes pendant les guerres mondiales découvertes dans des valises à Châteauroux
 
Sauvées de l’oubli par un commissaire-priseur, les histoires d’un beau-père et de son gendre ont été reconstituées à travers leurs archives personnelles et militaires.

Tout part de deux simples valises, qui auraient pu finir dans les déchets, au décès de leur propriétaire. Pourtant, elles recèlent les souvenirs de la vie de deux pilotes qui ont exercé à Châteauroux et servi pendant les guerres mondiales : Antonin Caissac et son gendre Jean Fortin.

« Les valises étaient pleines de correspondances, de photos et documents militaires », décrit Laurent Mirouze, commissaire-priseur spécialisé dans les objets historiques et militaires à Blois (Loir-et-Cher), qui a récupéré les valises. « Avoir un lot avec des objets de deux pilotes, avec le suivi des guerres 1914-1918 et 1939-1945 dans la même famille, c’est exceptionnel », souligne-t-il.

 

Jean Fortin a passé son brevet de pilote à Châteauroux.
© (Photo transmise par Laurent Mirouze)

« Il raconte des détails un peu durs, mais très vivants »

Si, à première vue, les valises n’ont rien de spécial, Laurent Mirouze y trouve des documents avec un en-tête de l’aéronautique. « Donc je trouve ça très intéressant et je me mets à trier. Il me faut presque une journée. » Grâce aux lettres et objets, il tire le fil de l’histoire de ces aviateurs. Notamment celle, pleine de rebondissements, de Jean Fortin, né en 1914. Originaire de l’Indre, élève pilote sur la base de Châteauroux, il obtient son brevet en 1938. « J’ai lu dans les rapports de ses supérieurs qu’il était très doué, note le commissaire-priseur. Dans l’armée de l’Air, quand vous êtes très bon, on vous met dans les avions de chasse, qui vont attaquer les avions ennemis. »

 

Les insignes de l’aviateur ont été conservés par sa femme et son fils.
© (Photo transmise par Laurent Mirouze)

Pendant la guerre, le jeune marié et père d’un garçon écrit régulièrement à sa femme Yvette Caissac, qui garde précieusement ses lettres. « Il raconte des détails un peu durs, mais très vivants, de la guerre », précise Laurent Mirouze, admiratif de ce témoignage. Dans son escadrille de chasseurs, le combatif Jean Fortin a quatre victoires confirmées à son actif. « Et probablement autant qui ne sont pas confirmées. Pour être qualifié d’as dans l’aviation, il faut cinq avions reconnus », explique l’homme agréé par la Chambre nationale des experts spécialisés. Le pilote obtient la médaille militaire et la croix de guerre, conservées dans ces deux valises.

Plus étonnant, parmi ses affaires se trouvaient des insignes du camp de concentration de Buchenwald. Une fois démobilisé, l’aviateur entre dans la Résistance et décide de rejoindre l’Angleterre. Mais il est arrêté par la Gestapo à Châteauroux en 1943 et déporté dix-huit mois. Une fois rentré dans sa famille, il devient pilote d’essai de planeur. « Ce qui est tragique, c’est qu’il a survécu à la guerre, il a été torturé, déporté, pour se tuer bêtement dans un accident de planeur » le 14 décembre 1945, raconte l’expert.

Pionnier de l’aéronautique
 

Antonin Caissac a créé un album avec ses photos de vol, avions et pilotes.
© (Photo transmise par Laurent Mirouze)

Son beau-père, Antonin Caissac, a quant à lui combattu pendant la Première Guerre mondiale, dans l’infanterie. Blessé, il entre dans l’aéronautique dès 1915 et reçoit la croix de guerre et la Légion d’honneur. « L’aéronautique militaire est née juste avant la guerre de 14-18. Donc, il fait partie des pionniers de l’histoire de l’aéronautique », salue le commissaire-priseur. Un pionnier qui a, en plus, laissé son carnet de vol, des cartes et un album plein de photos : « Des documents formidables. » Nommé capitaine, l’aviateur passe ensuite plusieurs années en Afrique orientale française. Originaire du sud de la France, le médaillé finit sa carrière à la base aérienne de Châteauroux, avant d’y prendre sa retraite.

 

Le pilote consignait ses activités pendant la guerre.
© (Photo transmise par Laurent Mirouze)

Pour faire revivre ces histoires, Albin Denis, un historien amateur qui tient un site dédié à l’aviation militaire, a rendu visite à Laurent Mirouze, avant la vente des objets le 4 avril 2026 à Blois. Des experts et amateurs sont déjà intéressés, pense savoir le commissaire-priseur, espérant que « ça servira aux historiens du futur ».

 

Journaliste

 

 

 

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