« C’était une femme courageuse » : dans la NR, elle découvre le parcours de résistante de son aïeule
Chantal Bedu a découvert dans la NR « le courage » de son arrière-grand-mère résistante. Depuis, une chaîne de passionnés s’entraide pour collecter des documents.
Un appel singulier, un matin. « Avez-vous déjà entendu parler de Marguerite Lapaire ? » Chantal Bedu, retraitée à La Membrolle-sur-Choisille, reconnaît aussitôt le nom de son arrière-grand-mère. Celui qui se présente comme un cousin lui conseille un article de la NR, paru quatre jours plus tôt. La Tourangelle y découvre son aïeule Marguerite Lapaire, dont l’hôtel-restaurant de la rue Richelieu à Tours servait de refuge à des résistants. Un héroïsme tombé dans l’oubli jusqu’à ce que le vice-président du Souvenir français de Montmorillon (Vienne), Patrice Bouteloup, et ses amis lancent un appel pour trouver des informations sur cette femme repérée dans une liste de déportés à Ravensbrück.
La descendante est touchée. « Ce qui me chagrine le plus, c’est que ma grand-mère Marthe, sa fille unique qu’elle a élevée seule, ne m’en ait jamais parlé. Je suis fière, Marguerite était une femme courageuse… »
Sans attendre, la Tourangelle a exhumé de ses tiroirs une enveloppe laissée par son père.À l’intérieur, le livret de famille de Marguerite, gazée le 1er mars 1945, mais dont la page « décès » est restée à jamais vierge et un permis de conduire de 1928. Son visage, désormais certifié, y est révélé. Il diffère de celui publié dans notre précédent article. « La photo d’alors avait été extraite d’une photo de mariage », éclaire Patrice Bouteloup. Une erreur a pu être commise. À quelques jours de l’inscription du nom de la résistante sur le monument aux morts de Brigueil-le-Chantre (Vienne), sa commune de naissance, la biographie de la résistante s’affine. Une touchante chaîne de passionnés s’y attelle à travers la France.
« Le jour même de la publication de l’article, on a commencé à recevoir des messages. » Un dossier récupéré à Vincennes est venu compléter celui des archives militaires de Caen. Le chef du réseau belge de renseignements Ali-France y atteste, une seconde fois, que Marguerite servait « de boîte aux lettres »,et qu’elle « a logé des Anglais, puis des volontaires belges et français partant pour Londres »,moyennant « un large remboursement ». Le fonctionnement de la filière reste mystérieux. « C’est encore trop récent. »
« Rat des archives », Éric Gémarin, président de l’association 1944 Lussault se souvient, a voulu participer. « Car des fois, il manque juste un petit maillon. » Il a découvert que Marguerite était dans le même convoi qu’une résistante arrêtée à Lussault. Tirant le fil, il a déniché l’enquête menée à son sujet par la préfecture de Tours en 1950. On peut y lire les témoignages de deux déportées tourangelles l’ayant côtoyé à Ravensbrück. Une belle avancée. « On va désormais pouvoir chercher du côté du bloc n° 26 », prévoit Patrice Bouteloup, officiant tel un chef d’orchestre.
De la terre de Ravensbrück
Chaque soir, il transmet des documents à Chantal. Ce jour-là, elle découvrait les photos des tombes du frère et du mari de Marguerite, décédés au front en 1914 et 1917. Le cadeau d’une association de la Marne. « J’attends également de la terre qu’une Tourangelle doit me ramener de Ravensbrück. » La retraitée, qui n’avait rien demandé, en a le tournis.
On aurait aussi retrouvé les descendants de la troisième fille de Marthe, près de Bordeaux. Marthe, divorcée et remariée trois fois. Chantal Bedu sourit, évoquant « les femmes de caractère » de la famille. Le cousin a officié de la même façon qu’avec Chantal, en passant par les pompes funèbres. « Il a été mis en contact avec les proches des derniers descendants inhumés. » Un jeu de piste qui devrait permettre un repas de famille élargie. Chantal a déjà préparé une sélection de photos jaunies. Un cliché d’une quinquagénaire posant avec deux enfants au début de la guerrel’intrigue.« Malheureusement, il n’y a pas de nom derrière… »